Comment éviter les pièges de l’industrialisation d’un produit high-tech ? 

 

Concevoir un produit facile à fabriquer pour un cout minimum est un exercice délicat. Une industrialisation mal pensée et c’est la catastrophe assurée en quelques mois, même si votre produit est un succès commercial !

Vous n’arriverez pas à produire et à livrer et pendant que vous consommerez votre énergie et votre cash à essayer de produire de la qualité, vous agacerez vos commerciaux et vos clients qui devrons patienter pour profiter de l’offre promise.
Une industrialisation méthodique et rigoureuse permet d’éviter ses écueils. Elle se pense dès la preuve de concept validée et se termine lorsque la production devient une routine.

Une industrialisation bien menée commence par trois chantiers clés :

 

Faites le tour du besoin sans oublier les contraintes réglementaires. Un produit high-tech doit satisfaire quantité de normes et règlements variés avant de pouvoir y apposer la marque CE. Les directives européennes qui les encadrent sont complexes et de plus en plus exigeantes.
Si vous comptez commercialiser votre produit en dehors de la zone CE, renseignez-vous sur les réglementations locales. Les normes techniques sont en général unifiées, mais les seuils d’acception diffèrent d’une région à l’autre .

Au Japon la puissance autorisée d’un modem LTE-4G est significativement plus faible qu’aux Etas-Unis ou en Europe ce qui complique le design  d’un produit universel. Ne pas avoir noté cette différence dans la conception initiale du produit, nous a couté 6 mois de développement supplémentaire et la création d’une référence spécifique Japon.

 

Choisissez un scénario industriel en phase avec votre ambition et les compétences dont vous disposez. Si votre savoir-faire est dans le design du produit mais pas dans sa fabrication, mieux vaut opter dès le départ pour une organisation fabless et confier cette tâche à des spécialistes. Ils penseront l’ensemble de la supply-chain pour vous.

Et soyez clairs très tôt sur les fondamentaux : capacité de production, taille des lots de production, saisonnalité de la demande.

Comme l’estimation est délicate sur un produit innovant, planifier vos tranches d’investissement avec votre sous-traitant en  ayant conscience qu’il faut plusieurs mois à pour augmenter la capacité de sa ligne, recruter du personnel supplémentaire et approvisionner les composants.

 

Contractualisez avec vos fournisseurs et partenaires industriels. Un bon contrat sert à imaginer les solutions pour traiter les litiges potentiels avec ses fournisseurs et pas uniquement à définir le prix et le contenu de la prestation. Passer du temps sur le contrat permet d’apprendre à mieux se connaître. C’est aussi l’occasion de tout aborder sans tabou comme le partage de la propriété intellectuelle ou le coût de la non qualité.

Reste que contrat ou pas contrat, ce sont les modifications tardives qui coutent le plus cher. Elles seront d’autant plus facilement absorbable que vous avez su créer un climat de confiance avec vos partenaires.

Une fois ces chantiers menés, il vous restera à réussir la montée en cadence et le passage à une production de routine. Mais ne brûlons pas les étapes. Cela fera l’objet d’un autre article.

D’ici là pensez à gérer les risques projets pour minimiser les déconvenues tout au long du développement. L’expérience m’a appris que la loi de Murphy s’applique toujours : tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera mal.

Olivier Carbonaro – Décembre 2020